Roland Bacri point comme... Le blog du petit poète

N° 33 - 24 juin 2006

21 JUIN

LE PRINTEMPS A ÉTÉ
REJOINT
PAR L'ÉTÉ

----"Les amateurs de musique sont absurdes : ils vous demandent d’être absolument muets au moment même  où l’on désire absolument d’être sourds”      
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(Oscar Wilde, L’Eventail de Lady Windermer)

----“Les cygnes chantent avant de mourir.  Certaines personnes devraient mourir avant de chanter.”
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(Coleridge)

De la musique avant toute chose,
Et pour cela, préfère l’été !
En son premier jour dansé, chanté
Que soupirs et pause, on m’impose ?

LE CONCERT DES NATIONS

Le petit musicien prit des notes
Le bon do
Un ré de lumière
Le sol de nos aïeux
Des si à la mode
Et
Sur sa poêle à gratter
Se mit à composer.

Une fugue
Pour tous les prisonniers ?
Une ballade
Pour les amoureux ?

Non.
Une drôle de chose
Mi-musique de chambre
Mi-musique de cour.
Une sorte de musique de chambre
Donnant sur la cour :
Le concert des nations.

- Doucement les basses !
- Ne tirez pas sur le pianiste !

Il essuie quelques cuivres
Accorde les violons
Improvise
Avec le cor diplomatique
Un arrangement.

Échange de notes
Accords parfaits
Harmonies sur le monde
L’amour danse à la ronde.

Le petit musicien ébloui
Vous bat la mesure
- Deux, trois ! - dans l’azur
Avec sa baguette
D’olivier.

Mais un chœur dissonant
Entonne dans un coin
Un canon
Sur un air à tout casser

Le petit musicien se démène
On claque les pupitres

L’anglo-saxon miaule un andante
Le clairon sonne
Le tambour se fait battre
Les cymbales se heurtent
La batt’rie est en danger

Le petit musicien
Désespéré
S’ouvre alors le ventre
Avec une clé de sol
Qui se trouvait à sa portée.

----Le petit poète, mon premier recueil, Prix de la Bonne Humeur à Juan-les-Pins. Jury : Marcel Pagnol, Jean Giono, Paul Géraldy ma chère ! 1959 : Jean-Vincent Bréchignac, patron de la RTF, me demande une émission hebdomadaire du même nom.
----Avec quels interprètes ?
----Léo Noël, chanteur des complaintes de la Butte à l’orgue de Barbarie et directeur du cabaret L’Écluse, m’invite à ses auditions du mercredi..

----Plusieurs chanteurs à la guitare… et puis deux personnages semblant surgir du Pays des merveilles d’Alice : Les Pinsons ! Deux clowns irréels, cascadant, dansants, chantant My darling Clémentine, des cow-boys en salopette à bretelles d’ouvriers de chez Renault.

----Apparence plus humaine au bar. Léo fait les présentations : Raymond Devos, Robert Verbecke (qui travailla avec Francis Blanche).

----Je parle de l'émission : dix minutes chaque semaine, des disputes d’amoureux… la Muse-girl : « Poète, prends ton luth »… lui : « Me donne un baiser »… D’abord n’importe quel sujet, au micro...
----Raymond accepte. Même longueur d’onde, faut dire !
----- La Muse-girl, tu l’as ?
----- Faudrait du style diseuse, chant classique et variétés, en pastiche.
----- Je vois bien Denise Benoit, tu connais ?
----- “C’est moi la servante du châtiau“...
----- Et Trenet, Brel, Ferré, le folklore, “Ça fait peur aux oiseaux”… une famille de musiciens, son frère Jean-Christophe Benoit. Elle déchiffre à vue, sociétaire de la Comédie Française, les servantes de Molière...
----- Arrête !
----- Et charmante je ne te dis pas. Je lui en parle ?
----- Tu parles !


----Et quelques mois plus tard, chez Fontana…

---Arrive un carton d’invitation :

---“Monsieur le Baron de Rédé, Monsieur Georges Auric, Président de l’Académie du Disque Français, prient Monsieur Roland Bacri de venir prendre part à la réception donnée en l’honneur des lauréats du Grand Prix National du Disque en l’Hôtel Lambert, mardi 22 Novembre 1960.”

---L’émission, prévue à l’essai un mois (crainte que mes calembours “passent“ mal à l’antenne), dura 12 ans…
---Mais deux ans seulement avec Raymond, débordé qu’il fut par sa “Mer démontée“.
---Il était devenu Devos.

---On ne se revit plus deux fois par semaine, mais cela n’empêcha pas...

Denise Benoit m’aida à "remplacer" (!?!) Raymond au micro.

Denise, disparue la trentaine à peine commencée…

Moi j’avais ma taille de guêpe
Tu avais ton nœud papillon
----T’en souvient-il ? (bis)
Le soleil dévoré de zèle
Rayonnait dans les environs
----T’en souvient-il ? (bis)

Tu m’as dit “ Bonjour boucles blondes ! “
J’étais blonde à ce moment-là
Les oiseaux chantaient à la ronde
En si bémol ou bien en la

Tu me renversas sur l’herbette
Mon air bête était renversant
----T’en souvient-il ? (bis)
Cela ne me chiffonnait guère
Ma robe se froissait pourtant
----T’en souvient-il ? (bis)

Je faisais ta biche craintive
T’avais des dents de jeune loup
Verbe aimer à la forme active
On conjugua comme des fous

Moi j’avais ma taille de guêpe
Tu avais ton nœud papillon
----T’en souvient-il ? (bis)
--------Non ?  
------------Ah ! bon !

---Je l’entends encore, en compagnie de Pierre Bertin et autres acteurs prestigieux dans “Les Mémoires d’un amnésique, une omission de Roland Bacri sur la vie et l’oeuvre d’Érik Satie“, RTF, 19 et 6 février, 5 et 12 mars 1961.  L’INA la commercialisera peut-être un jour, vu sa nouvelle vocation commerciale.

---------------Elle se préparait à m’enregistrer “ Comptines scolaires”.

À la claire fontaine
M’en allant promener
Lalo était potable
Et je m’y suis baigné
Et qui y faisait trompette ?
La truite de Schubert.

Sous les feuilles de chêne
Qui chanta en duo ?
Ciel, un bel oiseau-lyre
Et un piano-crapaud.
En bon musicien en herbe
Jamais je ne l’oublierai.

---Dans quel paradis - qu’est-ce qu’il faut enfer, s’il existe, pour le gagner ici-bas, bon Dieu ! - reverrai-je un jour MES Raymond Devos et Denise Benoit ?

---Fête de la Musique en attendant...
---Avec tous nos virtuoses de la grosse caisse gouvernementale, du pipeau, trompettomanes, arrangeurs de partitions, pistons, altos scandales et autres t’as pas cymbales, doucement les basses, fanfare et la clique à larguer tôt, biniou-edge, enfin basson !

--------------------------------Comme chantait Édith Piaf : « Art, été, art, été, la musique ! »


Webdomadaire satirique paressant le samedi
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