Roland Bacri point comme... Le blog du petit poète

N° 31 - 10 juin 2006------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Directeur : R. Laven

CE VIEIL ART D'ÊTRE GRAND-PÈRE

L'art d'être grand-père
dans
Victor Hugo...
De nos jours grand perdant.

Quand j'étais petit,
je n'étais pas grand
je montrais mon cul
À tous les passants.

Grand-père aujourd'hui
chaque année passant
me montre plus grand
le trou de ces culs
-----de nos gouvernants
-----------de petits et grands.

Vivent les étudiants, ma mère,
De nos gouvernements !
Étudiant quoi ?  Pardi, comment
Boucher leurs trous, maman !
Et l'on s'en fout
Pourvu qu'on rigole,
Et l'on s'en fout
Et trou la la itou.

Vivent les croulants, ma vieille,
Vivent les croulants !
Sous les dossiers évidemment
Retraite qu'on touch'ra quand ?
Mais l'on s'en fout
Pourvu qu'on s'déride,
La vie, j't'en fous,
Crevante, hein, après tout…

---Les vieux qu'ont crevé toute leur vie
pour s'assurer une fin de vie décente,
se rassurer sur l'avenir de leurs enfants,

---Les vieux qu'ont vu en 83
leur retraite devenir revenu imposable,
ça m'rappelle ma mère :
« Ti'avais raison, mon fils,
On a gagné, on a gagné…
félicite Roger Hanin de ma part
pour son Mitt'rrand, va ! »

---Les vieux contribuables, concitoyens,
consommateurs, congratulés, comblés
par leur réduction du temps de travail
et l'allongement de la durée de vie,

---Les vieux qu'on fait cracher
(c'est de leur âge),
conséquences économiques
du vieillissement de la population,

---Les vieux qu'on voit recroquevillés
les nuits d'hiver sur des trottoirs,

---Les vieux convois vers les restos du coeur,
bouches de métro fermées,

---Les vieux qu'on bassine
sur les ondes, étés de canicule :
« Brumatisez-vous ! Buvez sans soif ! »
comme s'ils n'avaient toute leur vie
assez mouillé leur front et leurs chemises,
assez trinqué  !

---Les vieux qu'on exonère
de la redevance-télé
qu'en non-imposables
ils ne peuvent s'offrir,

---Les vieux qu'on assiste AGAGA,
Aide gouvernementale au grand âge,

---Les vieux qu'on, les vieux qu'ont
grâce au ciel,
d'autres lendemains qui chantent
que les tagada tsoin tsoin palliatifs
de nos grands chefs d'or caisse
nationaux !

----------------------------------Rappels

---- Chaban-Delmas, décembre 1969 : Contrat de progrès.
---- Pompidou, octobre 1970 : Bénévolat. Pas bénévole manifeste.
---- Fabius, janvier 1986 : Aménagement du temps de travail.
---Aménageons, ah ! ménageons, ah ! mais nageons complètement.
---J'en passe et des pas mûrs : TUC, PIL (Programme d'Lnsertion Locale) CPE et tout le bataclan.
---Cette semaine, les retraités sont dans la rue.
---Dans Le Monde du 6 juin : "Les seniors recèlent des trésors de productivité qui ne sauraient se réduire à la fonction de tutorat."
---Comme on disait à Bab-el-Oued en parlant du "travail arabe", un bon Tiens vaut mieux que deux tutorats.

---Au Palais Barbon (Bourbon pardon) sur quoi ils se sont courbés ?
---Sur le problème de repousser les délais de législation du cumul emploi-retraite (diminution progressive des versements de la pension de retraite à n+2).
---Très repoussants, c'est vrai.

---Comme dirait Zazie, la pré-retraite mon cul, l'après-retraite, merde !

---Tous les gériatres boulotologues vous le diront : le travail c'est la santé… pas l'absenté !

---Bonaparte : « Du haut de ces pyramides des âges, quarante ans de gauche-droite vous contemplent », il dirait maintenant. Après les retraites aux flambeaux, retraites aux lambeaux, ma parole !

---La Marseillaise, "Allons z'enfants" ? allons allons ! C'est le chant du départ à la retraite maintenant ! Vous entrerez dans la carrière quand vos aînés n'y seront plus que des licenciés pour raisons économiques.

---Économiques ?… et nos comiques, la mort de leurs osses !

---Toujours dans le même numéro du Monde : le démographe et biologiste Shripad Tuljapurkar, professeur à l'université américaine de Stanford, pose la question du travail jusqu'à quatre-vingts ans (rien à voir, bien sûr, avec mon travail d'octobiographie, sénile endroit, ni le cas d'en parler).

---Ça m'rappelle grand-père, Isaac le ronchon. Son métier : orfèvre en deux matières. Un; crier à Petite Mémé : « Et alors ce caoua ?  Ti'assardek les Miguérès ! » exprès pour qu'elle lui réponde « Qu'est-c' qu'ils t'ont fait mes frères à part ton bonheur, vieux fou ? tu tues les mouches ! ». Deux, sur son établi tout vermoulu au fond du balcon (pas du côté où on élève deux poules), à tortiller des sortes de fils de fer mais en cuivre de décoration artistique bijoutière pour les souder torsadés en dessins d'inspiration, très beaux souvent.
---Petite Mémé, presque aveugle la pauvre, on l'aimait comme tout.  Elle nous donnait de la julienne, des tout petits bonbons qu'elle avait toujours dans les poches de son tablier, elle nous récitait des fables de La Fontaine ou nous racontait comment Grand-père était amoureux fou d'elle avant qu'il attrape son mauvais caractère de vieux chébor.
---Et comme elle ne pouvait pas trop voir, on lui mettait pour rire dans sa cuisine le sucre dans sa boîte de sel, et le sel dans sa boite de sucre. Mauvais goût peut-être comme plaisanterie, mais qu'est-c' qu'on riait après, quand après sa sieste, Grand-père lui criait : « Reine, arténé  l'caoua ! » et qu'elle lui répondait très fort vingt fois « Y passe, y passe ! » trois heures avant d'le lui apporter tout chaud tout bouillant.
---Deux secondes plus tard, obligé, lui, de bouillir encore pluss ! rage, peur, tortures de ventre, hurlements, râles, quintes… la panoplie complète de l'empoisonné.
---Ma mère d'arriver comme une folle avec la mauresque et nous les gosses, Liliane, Sylviane, Jacqueline, inquiètes... Jean-Claude et moi moins, mais la gorge nouée quand même.
---Café goûté, maman nous regarde, et puis grâce à Dieu, ouf : « C'est rien. Fatma, s'il te plaît, tu me fais un oeuf battu pour que ça lui passe ?  ». Et fin des « Ti'assardek les Miguérès ! », la preuve qu'il allait mieux disait Petite Mémé en retournant dans sa cuisine.

---C'était du temps, quoi, où nos gouvernements n'avaient pas de temps à perdre à s'occuper de notre emploi du temps de travail, qu'on pouvait, purée, prendre sa retraite comme on voulait, quand on voulait. Une vraie retraite ! pas le retraitement des déchets à La Hague.


Webdomadaire satirique paressant le samedi
Rédaction : Roland Bacri
Réalisation technique : Rémy Laven
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