Roland Bacri point comme... Le blog du petit poète

N° 30 - 3 juin 2006------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Directeur : R. Laven

COUPS DE PIEDS QUI SE PERDENT
DANS LES PARTIES

---Coupe du monde de football à Berlin, débauche… pas des boches. Leur problème, à nos cousins germains : les prostituées que ça leur attire.
---Toujours des "À foot le bordel", la vérité ! Toute nue, allez dire le contraire. L'engouement qu'atteint ce sport (catin on pourrait l'écrire), hein ! Une passe téléphonée maintenant, pour une call-girl, vous vous rendez compte ?  Tir au but ou tir au putes, faudrait savoir !
---Police des moeurs, poules éliminatoires… où on va comme ça ?
---Des dérives comme ça, on va être dépassés; ça va trop vite, demain il sera trottoir !

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---En Russie, autre chose : offensive terrible anti-gay pride, l'homosexualité contraire à l'âme Oural. La morale a bon dos.
---Pourquoi pas, tovaritch, le cul racé Potemkine ?
---Ça lesbien augurer du régime ma parole ! Pävlov story,  Diaguilev la jambe, Karacho lapin va !
---Il veut quoi exactement, Poutine ?  une chasse à l'homme à la race Poutine, c'est ça ?

---Dans le fond, Jacques Attali l'avait subodoré dans son "Dictionnaire du XXIème siècle" chez Fayard.
---"FOOTBALL : On rendra de plus en plus explicite la dimension sexuelle du jeu, métaphore du viol où chaque camp tente de pénétrer dans l'autre en résistant à sa propre pénétration, où chacun est à la fois masculin à l'avant, féminin à l'arrière..."

---Ségolène Royale, elle : Allons z'enfants de la patrie, si ils sont sales gosses, fête des mères, allocations familiales en tutelle ou niquées, final avec toute la troupe.  Bon, on n'en est pas encore aux sélections présidentielles et la FFF, c'est pas la Fédération du Football Féminin.
---Allez, on sporte bien, merci.



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---Cinq semaines en ballon rond, donc, actualité à la va te faire foot. Rare qu'un garçon à Bab-el-Oued, (à moins d'aimer que les jeux d'filles) n'aime pas courir derrière une balle en caoutchouc pour shooter sans trop casser de vitres ou de vases. La précision ne vient qu'avec l'entraînement ou si il a des dons.
---Place Lelièvre, c'était notre école. Juste en face, la placette où on n'avait pas le droit de jouer au "fotbal". Coupée en deux… Partie promeneurs : bancs tout autour, surtout pour des petits vieux assis rien qu'à discuter, prendre le soleil et faire de grands moulinets avec leurs cannes. Eux qui criaient, nous qu'on prenait, total. Et partie boulodrome : que les grands avaient le droit de tirer, pointer leurs boules au jeu national. D'après Attanasio, gardien des squares du quartier en attendant que les grands reviennent de leur travail, il paraît que notre pelote en caoutchouc abîmait pluss les terrains de sport que des boules en acier.
---Que la rue des Frères et la rue des Soeurs à notre disposition, donc ! elles encaissaient parallèles l'Eglise Saint-Joseph de l'autre côté de la placette en face de notre école. Vous me suivez ? On pouvait jouer quand les Soeurs ou les Frères arrêtaient de nous jeter des bidons d'eau bénite à cause de leurs heures de prières. Comme des beaux diables on hurlait, soi-disant.
---Quatre cartables pour les buts : terrain réglementaire presque.
---Des agents, des fois, voulaient eux aussi nous arrêter la partie, on leur disait okay et dès qu'ils partaient faire régner l'ordre ailleurs...
---Les autos voyaient vite qu'il leur fallait emprunter ce jour-là autre chose que notre rue.

---- Alors on peut plus passer ?
---- Eh non ! Vidal, tu pouvais pas me faire la passe ?
---- Ti'as pas vu que j't'ai fait une passe en profondeur ?
---- Passe à l'as, ouais !
---- Dites, j'vous parle !
---- Encore vous !
---- Vous voulez qu'j'appelle un agent ?
---- Vot' fille si elle est pas mal, mieux ! vous f'rez son bonheur et le mien.
---- Petit merdeux va ! vous seriez pas des gosses...
---- Bénichou, il t'a coupé le sifflet ce passant anonyme ? tu fais reprendre la partie ou quoi ?
---- Ho ! comme ça tu parles à un referee ?

---Il siffle. Yvars passe à Guastavino, qui passe à Fiorentino. Bénadi, entre ses cartables, sautille pour faire goal aux aguets. Fiorentino regarde Vidal comme s'il allait lui glisser en retrait et en hypocrite - c'est le jeu – il shoote… dehors, de toute façon.
---Philips :
---- Merde !  Direct je marquais, démarqué comme j'étais !
---- Démarqué ? j'avais pas remarqué.
---- J'avais pourtant réduit exprès l'angle.
---- Trop ! ti'étais pluss dans l'axe. Ça s'appelle jouer trop personnel, qu'est-ce tu veux !

---Bénadi dégage, je reprends de la tête, Philips me pousse par derrière, peut-être sans faire exprès. Déséquilibré, je tombe.
---Fiorentino me relève, et en colère :
---- Tu vois pas que tu pouvais lui déhancher toute l'épaule en pluss ?
---Et après, contre Bénichou :
---- Toi, coup en traître, pas coup franc !
---- Un : tacle régulier. Deux : l'arbitre n'a pas à se justifier dans ses décisions.

---- J'avais oublié. Excusez-moi m'sieur l'arbitre de la Fédération. Ça va Roro ?
---- Impec !

---Bénichou :
---- Le ballon, j'le jette entre vous deux pour celui qui l'attrape. Sans bousculade hein ! je sanctionne sans pitié toutes les brutalités.
---- C'est ça, tiens-nous bien en mains. Mais pas le ballon, j't'en prie.

---Le regard qu'il nous jette en pluss !  Contrôle… je passe à Guastavino, qui alerte Marty, qui alerte Marco... tir canon.
---- Il y est !!!
---Bénadi… son bond  ! (qu'il aurait dû faire avant le shoot) :
---- Où, il y est ?  Il est passé au-d'ssus la barre transversale.
---- Arrête un peu va ! et quand j'te dis "Arrête" c'est vrai, goal passoire comme ti'es...
---- Bénichou ?
---- M'sieur l'arbitre, j'vous ai dit !
---- Vous permettez qu'il me parle comme ça ? Pas vrai, en pluss, qu'c'était au-d'ssus d'la barre transversale ?
---- J'étais mal placé.
---Tous en choeur rigolard :
---- Comme Bénadi !!!
---Bénichou ne répondant pas, imperturbable soi-disant...
---- Pendant qu'tu réfléchis, tu décomptes l'arrêt d'jeu ?
---En faisant semblant, cet imbécile, de consulter son chronomètre inexistant, même pas une montre au poignet :
---- But valable ! c'était dans la lucarne.
---On avait encore gagné, tous à me congratuler sans me tomber dessus, me faire tomber comme dans les vrais matches.


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---Je boite. Alors quand y avait eu l'arrêté gouvernemental que chaque école devait avoir des équipes de fotbal de classes pour ensuite en sélectionner une de minimes Place Lelièvre pour la représenter aux championnats de l'OSSU, normal que le prof de gym n'ait pas pensé à moi pour la constitution d'l'équipe.
---Mais obligé ! à cause du certificat du Professeur Lombard de l'hôpital Mustapha au dirlo : "Le petit Bacri doit faire tout (souligné) ce que font ses camarades." (à la rentrée des classes, pendant la récréation, tous qui courent dans la cour en dehors des cours sauf moi, à cause de la peur du directeur Morvan que j'me casse encore quelque chose. J'en avais parlé à ma mère, qui en avait parlé à Lombard qui m'avait opéré...)

---En pluss tous mes camarades me voulaient avec eux comme partenaire. J'étais leur idéal. Ils m'avaient éprouvé.
---Pas en goal-keeper. Tout juste si j'arrive  à sauter cinquante centimètres en hauteur.
---Arrière non plus. Pas assez baraqué pour contenir les rudes poussées des attaquants adverses.
---Demi, comme c'est moitié arrière pour endiguer les assauts, moitié avant pour enfoncer la défense, mince et nerveux comme j'étais, bien sûr, j'aurais manqué d'efficacité réaliste. Surtout qu'il faut être très mobile pour inlassablement alimenter tous les compartiments de jeu.
---Ailier alors ? impossible pareil. Faut trop vite sprinter pour filer le long de la touche.
---Avant-centre ? Faut être très balèze comme l'arrière, et pour enfoncer les lignes adverses...
---Poste d'inter ? Terrible ! Vision du jeu, bien réceptionner les déviations judicieuses... Mon avantage sur les autres : pour me dribbler, mon adversaire, le malheureux, devait deviner mes feintes de corps. Avec mes genoux en X, pluss Polytechnique que jambes de cow-boy, les sacs de noeuds qu'il se faisait ! même sans genoux noueux.

---Enfin bon bref, croyez-le ou non, la finale, on devait la jouer au Stade Municipal du Ruisseau juste avant la finale du Championnat d'Alger des grands.  
---Le prof de gym qui me prend à part :
---- Écoute, Roro. Que tu veuilles te faire remarquer, normal. Mais tu te vois sur le terrain d'un stade payant où y a pas que les parents, seul des vingt-deux joueurs – vingt-cinq avec l'arbitre et les juges de touche - en pantalon long au lieu d'une cuissette ?
---Il avait raison.
---J'dis pas, au stade où j'en étais, que j'ai peut-être raté une carrière d'international, mais...

---Et pour en terminer, rappelez-vous le poème que je vous avais sorti dans le Canard, quand j'étais pas encore sur la touche.



Webdomadaire satirique paressant le samedi
Rédaction : Roland Bacri
Réalisation technique : Rémy Laven
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