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----Pâques, c'est impec, épique, comme époque.
----Cette année vous avez vu ? Concordance des temps, conjugaison des lunaisons, coïncidence ou quoi, cette année, les fêtes des trois religions monothéistes tombent ensemble et d'accord, pour une fois (foi sans s, sémantique d'Écritures saintes).
----Triple anniversaire donc : des Juifs, de l'époque où ils passèrent à Pessahr - LA Pâque - la Mer des Roseaux, pour fuir les Egyptiens, sortes d'arabes pas très catholiques du temps de Pharaon. Deux, pour les musulmans : naissance de Mahomet. Et trois, pour les Chrétiens : résurrection du Christ, tout le monde en joie. Œcuménique notre sainte mère à tous : d'église, synagogue, mosquée, en somme. Théologique.
----Vous avez lu Spinoza, l'Éthique ? Juif converti catholique, il prouve mathématiquement l'existence de Dieu. Un, Dieu est un, deux, au nom du Père, du Fils... et du Saint-Esprit : jamais Dieu sans trois. Ça a l'air compliqué mais total... D'où l'expression À Pâques ou à la Trinité, pour les nuls prophètes en leur pays.
----Résurrection du Christ, "Roi des Juifs" il s'est dit, bon. Naissance de Mahomet : là, mieux que j'vous fasse pas un dessin ! Un, que je ne suis pas caricaturiste, deux, que mektoub c'était écrit mais aussi que "Si c'est fatwa c'est donc ton frère" n'est pas une fable. Vérifiez dans l'Ancien Testament.
----Isaac étant mon deuxième prénom, frère d'Ismaël je suis, d'origine. L'histoire : Abraham ne pouvait pas avoir d'enfant, Sarah sa femme était stérile. Coutume de l'époque, Agar sa servante (il l'avait à la bonne, ça tombait bien) lui donna Ismaël, son aîné de son sein. Sarah pas contente, normal, Dieu lui fait dire par trois anges qu'elle va avoir un fils. Rire de Sarah : « Abraham a cent ans, longtemps qu'il ne peut plus, le pauvre ». Les Anges : « Yavhé est le Tout-Puissant ». Naît Isaac.
----- Tu te frottes les mains de satisfaction, Abraham ?
----- Sarah porte qu'est-c' tu veux !
----Sarah, Agar, que des disputes quand même. Dieu à Agar : « Va à l'Est d'Eden, fonde avec Ismaël un nouveau peuple ! ». Et donc, Isaac et Ismaël frères, et d'ailleurs Bacri s'écrit Bakri, Baghri, boulanger ou gardien de vaches en arabe égyptien. J'aurais préféré cow-boy mais bon.
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----Baker en anglais, comique de situation : qu'un généalogiste découvre un jour, de déduction en déduction, 221b Baker Street, que Sherlock Holmes et Joséphine Baker, moitié filature, moitié filiation.
----Et Boulanger, regardez comme ça tombe : mon ancêtre Jacob Bacri, "Roi d'Alger" on l'appelait à l'époque. 1830, une histoire de blé qui date de Bonaparte : ma famille un peu à l'origine de l'Algérie française.
----Pour en revenir, Mahomet, conjoncture... Plaide coupable que de circoncision ! Jésus-Christ pareil d'ailleurs. Bacrilège oui, sacrilège non ! Tous fils d'Abraham, c'est pas la vérité ? que quand j'entends Villepin et tous les syndicats soutenir qu'il faut se réunir autour d'une table, cul entre deux chaises, total, à attendre du ciel qu'une voix leur tombe : « Assis soit-il »...
----Depuis que le monde est monde, qu'est-ce qui change ? À Jérusalem par exemple, Israéliens et Palestiniens autour d'une table : amis comme cochons tout d'suite non ?
----Pour me résumer, ces textes, poèmes pascals ou pasquaux ci-après, comme je le ressens je nous recense : Judéo gratias, Yahvé Maria, Allah Akbar Mitzva.
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------------------------------------------CHARLOT
----(souriant, ouvre la Haggada) - La Haggada, un très beau livre, mes enfants. (Il rit, se penche sur le livre). Tout sur Pâque en gravures coloriées : rites, chants, prières, traduit en français pour ceux qui comme nous ne savent pas trop la religion. Man yakjfè ! Ça signifie, Suzy, "c'est honteux" (il lit) « Que se passe-t-il ce soir, demande l'enfant à l'assemblée attablée ? - Ce soir, c'est la Pâque juive. D'une main toute puissante, l'Éternel nous a fait sortir d'Égypte, d'une maison d'esclavage ». Notre première pensée, mes enfants : remercier Dieu de nous avoir permis de tous nous réunir en bonne santé. (Aux garçons) en quoi ça vous fait rire ?
------------------------------------------LOULOUTE
----- Ils plaisantent, ils sont heureux.
----------------------------------------GRAND-PÈRE
----- Pâque, c'est la fête des gosses !
------------------------------------------CHARLOT
----(solennel) - Tahar, Jean-Fernand, toi musulman, toi catholique, ça ne vous empêche pas de communier avec nous dans le souvenir douloureux du séjour des Hébreux en Egypte.
--------------------------------------JEAN-FERNAND
----- Dieu, en haut du Sinaï, a donné à Moïse les Dix Commandements.
---------------------------------------JEAN-CLAUDE
----- C'est où, le Sinaï ?
------------------------------------TONTON ROBERT
----- "C'est où ? " on t'a appris à l'école ? Encore ti'aurais dit : « où c'est ? »...
--------------------------------------------RORO
----(sans pitié) - Où est-ce ?... ça aurait été encore mieux !
------------------------------------------CHARLOT
----- A ton oncle tu vas lui apprendre, maintenant ? Il sait ce qu'il dit : par étapes qu'on apprend.
--------------------------------------------RORO
----- Mais pas comme au Tour de France.
---------------------------------------JEAN-CLAUDE
----- J'ai compris mais le Sinaï, c'est... où ? ou où c'est ? ou où est-ce ?...
------------------------------------------CHARLOT
----(ignorant) - La Mer Rouge, ouverte devant les Hébreux, ils l'ont passée et...
------------------------------------TONTON ROBERT
----- Quarante ans dans l'désert ils ont passé !
---------------------------------------------RORO
----- Dont ils se seraient bien passés, c'est vrai !
------------------------------------TONTON ROBERT
----(esquissant une baffe pour rire) - Tu vas voir, toi, ce que je vais te passer.
------------------------------------------CHARLOT
----- Bon. Puisque tout se passe dans la bonne humeur...
------------------------------------------LOULOUTE
----(soupir, puis hochant la tête) - Les plats sont sur le feu, si on attend trop...
---------------------------(Charlot reprend la Haggada)
---------------------------------------------SUZY
----- Georgeot, cesse tes messes basses avec ton fils.
-----------------------------------------GEORGEOT
----(bonhomme) - Je réponds à une question de ce fusil d'chasse...
---------------------------------------------SUZY
----(les yeux comme des révolvers) - Ce qu'il peut m'agacer avec cette expression "Fusil d'chasse" ! Je ne sais pas où il est allé la pêcher.
------------------------(rires… Georgeot est plié en deux)
------------------------------------------CHARLOT
----(pour détourner la conversation) - Tahar, tu vois, mon fils, comment se passent les fêtes chez nous les Juifs, dans l'allégresse ! (A sa femme qui visiblement s'impatiente) tu veux quelque chose Louloute?
------------------------------------------LOULOUTE
----(jouant la surprise) - Pourquoi tu me demandes ça ?
------------------------------------------CHARLOT
----(haussant les sourcils) - Pour rien ! (se reprenant) l'important pour Dieu, c'est pas la religion mais qu'on lui parle tous d'un même cœur.
------------------------------------------BENJAMIN
----(approuvant dans un soupir) - D'un même estomac, il croirait qu'on commence à avoir faim.
------------------------------------------CHARLOT
----(prenant le Sédèr, grand plateau bourré, à bout de bras, très lourd) - Ce plateau, le Sédèr, mes enfants, tout ce qu'il contient est symbolique : herbes amères, l'amertume des Hébreux, tout ce qu'ils laissaient derrière eux...
--------------------------------------------LILIANE
----(innocente comme tout) - Les Égyptiens de Pharaon ?
------------------------------------------CHARLOT
----(voyant sa mine contrite devant les rires de tous) - Très bien ma chérie, Égyptiens derrière eux puisqu'ils se sauvaient. Et les meubles aussi, leurs bijoux. (Il tire un os du plateau et le brandit) l'os, mes enfants, dans le désert, ils n'avaient que ça à ronger. Hypothèse, d'accord, mais plausible, les Livres Saints autorisent des commentaires.
-----------------------------------------GEORGEOT
----- Ça peut vouloir dire aussi qu'avec les Hébreux, Pharaon est tombé sur un os.
---------------------------------------------SUZY
----(les yeux au ciel) - Excusez-le, il est très spirituel.
------------------------------------------CHARLOT
----(poursuivant l'inventaire du plateau) - Bol d'eau salée, en souvenir des larmes versées à l'époque, eau salée de la mer Rouge, larmes de sang : logique. Ce mélange, noix, cannelle, pomme...
------------------------------------------LOULOUTE
----- Abrège, chéri, abrège.
------------------------------------------CHARLOT
----- Tu as raison, ma Louloute. Et ces petits morceaux de galette, pain azyme : pain dont la pâte n'a pas levé... Kiddoush, je bois, passe le verre aux hommes, garçons d'abord, femmes et filles après, pas poli peut-être mais tradition oblige, doit y avoir une raison... (pincement de lèvres de Suzy, il poursuit sa prière comme si rien n'était) Ethmol, aliou abadim, euh… euh… élé rhorhim... (il passe le plateau à bout de bras, au-dessus de toutes les têtes, pour les bénir, rebuvant, à chaque tête, un peu de kiddoush). On goûte les herbes amères, la galette dure trempée dans du vinaire, le mélange pomme, noix muscade, canelle, figue... et c'est le rituel des questions. Ce livre que je vous lis, mes enfants... (brusquement à sa femme) oui, ma chérie ?
------------------------------------------LOULOUTE
----- Rien, rien, continue.
------------------------------------------CHARLOT
----(perplexe mais n'insistant pas) - La Loi parle de quatre types d'enfants : un sage, un pervers, un simple, et l'autre qui ne sait même pas questionner. Que dit le sage ? (à Roro qui se lève) c'est toi le sage ?
--------------------------------------------RORO
----- Euh... comme je suis l'aîné... Bon, si c'est Jean-Claude après tout, hein...
------------------------------------------CHARLOT
----(calme pour ne pas s'énerver devant Jean-Claude qui va rouspéter et Roro prêt à répliquer) - Mes enfants, on a dû vous l'apprendre au "médrache", c'est dans La Haggadah : « Que signifient les lois, les préceptes et les ordonnances que l'Éternel notre Dieu a prescrites ? »
---------------------------------------------------...suite colonne 2

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---------------------------------------------RORO
----- J'peux te répondre que par : « Aussi, instruis-le dans les préceptes de Pessahr, dis-lui qu'après l'agneau pascal, il n'y aura pas de dessert ! » Ça veut dire quoi ?
------------------------------------------LOULOUTE
----- Surtout que c'est du veau qu'on a, pas de l'agneau !
------------------------------------------CHARLOT
----(il embrasse Louloute) - Tout ça est symbolique. Roro, tu lis ?
---------------------------------------------RORO
----- « Que dit le pervers ? » (tendant brusquement le livre à son frère) Réponds !
---------------------------------------JEAN-CLAUDE
----(surpris) - On n'a pas dit que je suis le pervers !
---------------------------------------------RORO
----- Symbolique, que Papa a dit. « Que dit le pervers ? Quelle signification a pour vous cette cérémonie ? Pour vous ? Non pour lui aussi. Comme il s'exclut de la collectivité, il nie le fondement de la religion. Eh bien, toi aussi, agace-lui les dents ». Papa, je lis ce passage même si je suis le Sage ou le Pervers ?
------------------------------------------CHARLOT
----(après un immense soupir) - Tu me redonnes ce livre ? « Et dis-lui : cela se fait à cause de ce que Dieu m'a fait lors de la sortie d'Egypte. A moi mais non à lui, s'il y avait été, il n'aurait pas été délivré » (se retournant sur Louloute) il a un peu raison, ou alors ils ont sauté un passage...
------------------------------------------BENJAMIN
----(les yeux au ciel) - Grâce à Dieu qu'c'est pas celui d'la Mer Rouge !
-------------------------------LILIANE et LES JUMELLES
----- J'ai faim !
------------------------------------------CHARLOT
----(riant, puis brusquement, à Louloute) - Tu m'expliques à la fin, ma chérie ?
------------------------------------------LOULOUTE
----- Quoi ? Je ne vois vraiment pas...
------------------------------------------CHARLOT
----(éclatant) - Tu ne vois pas mais moi je sens ! J'ai pas des visions. Depuis tout à l'heure, c'est pas des fantômes de coups de pieds sous la table que tu me donnes.
------------------------------------------LOULOUTE
----- Je t'assure, mon chéri...
------------------------------------------CHARLOT
----(énervé) - Assure mes pantalons plutôt ! Les gosses déjà qui m'interrompent sans arrêt, si toi en plusse, cette prière comment j'vais arriver à la finir, j'me l'demande ! (calmé brusquement, il l'embrasse) tu voulais me faire du pied sous la table, c'est ça ? (dans les rires, à Jean-Claude) bon alors, toi ?
---------------------------------------JEAN-CLAUDE
----(étonné) - Quoi moi ? Ah ! C'que j'dois dire du livre... « Que signifient les lois que l'Eternel a prescrites ? »
------------------------------------------CHARLOT
----(ahuri, à Louloute) - Encore à leur poser des questions qu'ils ne me répondent que par d'autres questions ?
------------------------------------------LOULOUTE
----(haussant les épaules) - Que veux-tu que j'te réponde ?
-----------------------------------------LES GOSSES
----(sur un signe complice de Roro) - Les plaies ! Les plaies ! Les plaies !
----(hurlements, Louloute ferme les fenêtres pour les voisins, les filles se mettent à pleurer)
---------------------------------------------SUZY
----(furieuse, à son mari) - Mais qu'est-ce que tu lui as fait à ce petit pour l'exciter comme ça ?
-----------------------------------------GEORGEOT
----(presqu'indigné) - Je l'excite, maintenant, à réclamer des plaies, à ce p'tit de dix ans, j'te l'rappelle ?
------------------------------------------CHARLOT
----(pour mettre du baume) - On arrive aux plaies d'Égypte justement. (Lisant et pratiquant en même temps) je bois du kiddouche, Boré péri aguéfène etc., je me lave les mains dans la bassine... Où elle est la bassine ?
------------------------------------------LOULOUTE
----(froide) - Chez Gabédione.
------------------------------------------CHARLOT
----- Comm' ça tu m'réponds ? Tu es énervée, bon ! (voyant la bassine) la bassine, très bien ! Le bol de vinaigre... À chaque plaie je trempe un doigt, le secoue, bon débarras, chébéra chébérine, Dieu préserve, je commence : le sang, les grenouilles, vermine, bêtes féroces, peste, les ulcères, grêle, saut'relles, ténèbres, mort des premiers-nés...
---------------------------------------------RORO
----(mains levées, doigts repliés sauf un pouce) - Ça fait onze.
------------------------------------------CHARLOT
----(surprise comptable) - Onze ? (relisant en suivant des doigts) où onze ? sang, un !...
-------------------------------------------DENISE
----(ahurie) Cent un ?
-------------------------------------------JOSEPH
----(son père, la giflant) - Et celle-là, combien ça fait ?
----(Les yeux ronds comme si la Mer Rouge s'ouvrait devant elle dans la salle à manger. Déluge de larmes)
------------------------------------------CHARLOT
----- On passe au chant d'allégresse. Les enfants crient "L'agneau ! L'agneau !" sans faire les fous à chaque fois que je dis ma phrase. Je lis : « Mon père l'a acheté, il en a fait l'acquisition pour deux suz ».
-----------------------------------------LES GOSSES
----(une si belle occasion) - Suzy ! Suzy !
------------------------------------------CHARLOT
----(devant sa mine, lui expliquant) - Les sous de l'époque. (Aux gosses) vous tous, prêts ? « Mon père l'acheté pour deux suz, le chat plein de ruse aux aguets, se jeta sur l'agneau et le dévora ».
-----------------------------------------LES GOSSES
----(hurlant) - L'agneau ! L'agneau !
------------------------------------------CHARLOT
----(précipitant de plus en plus le rythme) - Enfin bref, le Saint, loué soit-il, intervient, fait périr l'ange, qui avait fait mourir le boucher, qui avait égorgé le bœuf qui avait bu l'eau qui avait éteint le feu, qui avait consumé le bâton, qui avait corrigé le chien, qui avait étranglé le chat, qui avait dévoré l'agneau que mon père avait acheté pour deux suz.
-----------------------------------------LES GOSSES
----(à la limite de l'égosillement) - L'agneau ! L'agneau !
-----------------------------------------GEORGEOT
----(à sa femme qui s'étouffe de rage) - Une fête pour les gosses, un chant parlé d'allégresse...
---------------------------------------------SUZY
----- D'allégresse ?… un qui tue, l'autre assomme, l'autre égorge, l'autre incendie ? Apprends-lui cette allégresse, à ton fils, hurler de joie devant une boucherie !
--------------------------------------JEAN-FERNAND
----(candide comme l'agneau qui vient de naître) - Chez nous les catholiques, Pâques, c'est la fête de la Résurrection.
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